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Maladie de Friedreich : symptômes, causes et prise en charge

La maladie de Friedreich, également appelée ataxie de Friedreich, représente la forme la plus fréquente des ataxies cérébelleuses génétiques à transmission autosomique récessive. Cette affection neurodégénérative rare touche environ 1 300 personnes en France et se manifeste généralement entre 7 et 14 ans. La maladie altère progressivement la coordination des mouvements et entraîne des complications multisystémiques affectant le cœur, le squelette et le système nerveux.

Mis à jour le 29/04/2026

Temps de lecture estimé à 12 min

Rédigé par des auteurs spécialisés pagesjaunes

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Enfant osculté par un kiné praticien
© KatarzynaBialasiewicz/ Getty
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Sommaire.

  1. En bref
  2. Comprendre la maladie génétique de Friedreich
  3. Les symptômes de la maladie de Friedreich
  4. Le diagnostic de la maladie de Friedreich
  5. Évolution et pronostic
  6. Prise en charge thérapeutique
  7. Conseil génétique et accompagnement
  8. Vie quotidienne et adaptations
  9. FAQ

En bref

  • La maladie de Friedreich résulte d’une mutation du gène FXN entraînant un déficit en protéine frataxine.
  • Les premiers symptômes apparaissent habituellement dans l’enfance ou l’adolescence avec des troubles de l’équilibre et de la coordination.
  • Le diagnostic repose sur une analyse génétique détectant l’expansion anormale du triplet GAA dans le premier intron du gène FXN.
  • La prise en charge multidisciplinaire vise à prévenir les complications et à maintenir l’autonomie des patients le plus longtemps possible.

Comprendre la maladie génétique de Friedreich

L’ataxie de Friedreich tire son nom du neurologue allemand Nicolaus Friedreich qui l’a décrite pour la première fois en 1863. Cette maladie génétique autosomique récessive se transmet lorsque les deux parents portent une copie défectueuse du gène FXN situé sur le chromosome 9. Chaque enfant issu de deux parents porteurs présente 25 % de risque de développer la maladie, 50 % de probabilité d’être porteur sain et 25 % de chance de ne pas hériter du gène muté.

La prévalence de cette ataxie Friedreich fréquente varie entre 1 sur 30 000 et 1 sur 50 000 dans les populations caucasiennes européennes. Le terme ataxie, issu du grec signifiant « sans ordre », décrit l’incoordination des mouvements volontaires causée par l’atteinte du cervelet et des voies sensitives profondes. Le cervelet joue un rôle central dans le contrôle de l’équilibre, du tonus postural et de la coordination motrice.

Le rôle de la frataxine et du gène FXN

La frataxine, la protéine de Friedreich, se localise dans la membrane interne des mitochondries, ces centrales énergétiques cellulaires. Cette protéine intervient dans l’assemblage et le transport des clusters fer-soufre, éléments indispensables au fonctionnement de la chaîne respiratoire mitochondriale. Elle régule également la quantité de fer présente dans les mitochondries et participe à la synthèse de l’hème.

L’expansion du gène FXN provoque une répétition anormale du triplet GAA dans le premier intron du gène FXN. Alors qu’une personne saine présente entre 7 et 22 répétitions, les patients atteints de la maladie de Friedreich en comptent entre 70 et 1 700, avec une moyenne située entre 600 et 900. Cette expansion excessive entraîne une méthylation anormale de l’ADN, la formation d’hétérochromatine et un silence transcriptionnel. La production de frataxine chute alors drastiquement, perturbant le métabolisme énergétique cellulaire.

Mécanismes physiopathologiques

Le déficit en frataxine déclenche une cascade de dysfonctionnements cellulaires. L’accumulation de fer dans les mitochondries des cellules cardiaques et cérébelleuses génère un stress oxydatif majeur. Les radicaux libres produits provoquent une peroxydation lipidique et une déplétion du glutathion, antioxydant naturel protecteur. Cette toxicité conduit à la dégénérescence progressive des neurones du cervelet, particulièrement au niveau du noyau dentelé, ainsi qu’à l’atteinte des voies sensitives profondes et pyramidales.

Les troubles neurologiques liés à l’ataxie de Friedreich résultent de la destruction irréversible de ces cellules nerveuses. Le muscle cardiaque subit également des dommages similaires, expliquant la fréquence élevée des complications cardiaques. Cette maladie mitochondriale systémique affecte donc simultanément plusieurs organes, bien que l’intelligence demeure intacte chez les personnes atteintes.

Les symptômes de la maladie de Friedreich

L’apparition des premiers symptômes de la maladie de Friedreich survient généralement entre 5 et 15 ans, bien que des formes tardives débutant après 25 ans, voire après 40 ans, existent également. Dans 90 % des cas, les manifestations neurologiques inaugurent la maladie. Les troubles de la coordination motrice se développent progressivement, avec une grande variabilité d’expression entre les patients et même au sein d’une même famille.

Manifestations neurologiques initiales

Les premiers symptômes de la maladie de Friedreich se caractérisent par une instabilité à la marche observée dans 77 % des cas. Les enfants ou adolescents présentent une démarche pseudo-ébrieuse avec élargissement du polygone de sustentation, des chutes répétées et une maladresse croissante. Les troubles de la coordination affectent progressivement les gestes fins comme l’écriture, qui devient de plus en plus difficile. La fatigue excessive constitue un symptôme fréquent et invalidant au quotidien.

L’ataxie mixte associe une composante cérébelleuse axiale touchant le tronc et une atteinte proprioceptive liée à la dégénérescence médullaire et périphérique sensitive. Les réflexes ostéotendineux s’abolissent précocement, tandis qu’apparaît un syndrome pyramidal avec spasticité et signe de Babinski. La dysarthrie, trouble de l’articulation de la parole, touche environ 90 % des patients et s’aggrave avec l’évolution de la maladie.

Signes extra-neurologiques fréquents

La scoliose représente une complication ostéoarticulaire majeure, affectant 63 à 90 % des patients. Elle se développe souvent à l’adolescence et peut même précéder les troubles neurologiques dans 23 % des cas. Cette déformation de la colonne vertébrale nécessite une surveillance régulière car elle peut entraîner des problèmes respiratoires. Les déformations des pieds, notamment le pied creux ou pied de Friedreich caractérisé par une voûte plantaire très prononcée et des orteils fléchis, concernent environ 60 % des personnes atteintes.

Les troubles cardiaques associés à la maladie de Friedreich touchent 40 à 85 % des patients et constituent la principale cause de mortalité. La cardiomyopathie hypertrophique concentrique se développe sans obstruction, évoluant progressivement vers une fibrose myocardique et une dysfonction cardiaque. Les troubles du rythme comme la fibrillation auriculaire ou le flutter apparaissent fréquemment, tandis que l’insuffisance cardiaque affecte environ 20 % des patients. Un suivi cardiologique régulier par électrocardiogramme et échocardiographie s’impose tous les 1 à 2 ans.

À noter

L’ataxie de Friedreich est une maladie rare, avec une fréquence d’1 pour 50 000 habitants, ce qui représente environ 1 300 malades en France.

Complications métaboliques et sensorielles

Le risque de diabète insulinodépendant augmente significativement chez les personnes atteintes de la maladie de Friedreich. Environ 30 % développent une intolérance au glucose et 7 à 9 % présentent un diabète avéré. L’association d’un diabète insulinodépendant et de troubles de l’équilibre chez un enfant ou un adolescent doit systématiquement faire évoquer cette ataxie.

Les atteintes neurosensorielles incluent une neuropathie optique dans 50 à 100 % des cas, provoquant une baisse de l’acuité visuelle particulièrement marquée en faible contraste. Les troubles auditifs affectent 90 à 100 % des patients avec une dyssynchronie centrale entraînant des difficultés de compréhension dans le bruit. Les troubles vésico-sphinctériens chez les patients concernent environ 40 % des personnes et nécessitent une prise en charge adaptée. Un syndrome des jambes sans repos et des troubles du sommeil peuvent également compliquer le tableau clinique.

Le diagnostic de la maladie de Friedreich

Toute ataxie progressive, qu’elle soit cérébelleuse isolée ou mixte associant une atteinte proprioceptive, doit faire suspecter une ataxie de Friedreich. L’orientation vers un service de génétique clinique, de neurologie ou de neuropédiatrie spécialisé permet de confirmer le diagnostic et d’écarter les nombreux diagnostics différentiels. Les neuropathies héréditaires sensitivo-motrices de type Charcot-Marie-Tooth, l’ataxie-télangiectasie, l’ataxie par déficit en vitamine E ou l’abêtalipoprotéinémie figurent parmi les affections à éliminer.

Examens complémentaires diagnostiques

L’imagerie par résonance magnétique cérébrale et médullaire apparaît souvent normale au début de la maladie. Avec l’évolution, elle révèle une atrophie médullaire prédominant au niveau cervical et une atteinte des pédoncules cérébelleux supérieurs. L’électroneuromyogramme met en évidence une polyneuropathie axonale sensitive symétrique avec abolition ou diminution des potentiels sensitifs distaux, tandis que l’atteinte motrice reste modérée.

Le diagnostic de la maladie de Friedreich repose sur l’analyse moléculaire du gène FXN. Dans 96 à 98 % des cas, le test détecte une expansion pathologique homozygote de triplets GAA dans le premier intron du gène FXN, avec un nombre de répétitions variant de 70 à 1 700. Les 2 à 4 % de patients restants présentent une expansion mono-allélique associée à une mutation ponctuelle sur l’autre allèle, nécessitant un séquençage complet du gène frataxine.

Surveillance et examens de suivi

La prise en charge des patients atteints de Friedreich impose un suivi multidisciplinaire régulier. La surveillance métabolique comprend un dépistage annuel du diabète par dosage de la glycémie à jeun et de l’hémoglobine glyquée. L’évaluation cardiologique associe électrocardiogramme et échocardiographie tous les 1 à 2 ans, complétés si nécessaire par une IRM cardiaque pour détecter une fibrose myocardique.

Le suivi orthopédique surveille l’évolution de la scoliose et des déformations des pieds. Des examens ophtalmologiques et ORL réguliers, pratiqués tous les 1 à 2 ans, permettent de dépister et de corriger précocement les troubles visuels et auditifs. Les biomarqueurs émergents, notamment le dosage de la frataxine sanguine ou leucocytaire, montrent une corrélation avec la sévérité de la maladie et pourraient améliorer le suivi à l’avenir.

Évolution et pronostic

Les mouvements anormaux chez les patients atteints s’aggravent progressivement sans période de rémission. La progression neurologique se poursuit de façon continue, avec une aggravation moyenne du score SARA de 0,86 point par an, atteignant 1,04 point par an dans les formes précoces. La faiblesse musculaire distale s’accentue, l’instabilité posturale augmente et la majorité des patients perdent la marche autonome pour devenir dépendants d’un fauteuil roulant à l’âge adulte jeune, généralement 8 à 10 ans après les premiers symptômes.

L’espérance de vie moyenne des patients atteints se situe entre 35 et 40 ans, avec une médiane à 36,5 ans selon les études récentes. Cette durée de vie présente toutefois une grande variabilité individuelle. Les principales causes de décès incluent les complications cardiaques dans 60 % des cas, notamment l’insuffisance cardiaque congestive et les troubles du rythme, ainsi que les pneumopathies d’inhalation liées à la dysphagie dans 28 % des cas.

Facteurs pronostiques

Plusieurs éléments influencent l’évolution de la maladie. L’âge de début des symptômes constitue un facteur pronostique majeur : plus la maladie débute tôt, plus la progression s’avère rapide et sévère. La taille de l’expansion du triplet GAA sur l’allèle le plus petit corrèle avec la précocité et la gravité des manifestations. La présence d’une cardiomyopathie et d’un diabète aggrave également le pronostic.

Les formes tardives débutant après 25 ans, représentant 17 % des cas, évoluent plus lentement avec des symptômes plus modérés. Les atteintes cardiaques et ostéoarticulaires y sont moins fréquentes, les réflexes ostéotendineux souvent conservés et la spasticité plus marquée. La préservation fonctionnelle reste meilleure avec un handicap moteur moins sévère que dans les formes classiques.

Prise en charge thérapeutique

Aucun traitement curatif de l’ataxie de Friedreich n’existe actuellement. La prise en charge repose sur une approche multidisciplinaire coordonnée par un centre de référence des maladies rares neuromusculaires. Le patient se place au centre du dispositif de soins, avec une coordination assurée par le médecin traitant en lien étroit avec les spécialistes : neuropédiatre, neurologue, neurogénéticien, médecin de rééducation, cardiologue, diabétologue, ophtalmologue, ORL, orthopédiste, psychologues et paramédicaux.

Tant qu'on en parle
Maladie neurodégénérative

Traitements symptomatiques

La kinésithérapie régulière vise à maintenir la mobilité, particulièrement au niveau du tendon d’Achille, et à préserver l’autonomie fonctionnelle le plus longtemps possible. L’orthophonie prend en charge la dysarthrie et les troubles de la déglutition pour prévenir les fausses routes. L’ergothérapie aide à adapter l’environnement et à compenser les difficultés motrices au quotidien.

Les complications cardiaques nécessitent une prise en charge classique avec inhibiteurs de l’enzyme de conversion, antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II, bêtabloquants et diurétiques selon les besoins. La pose d’un défibrillateur automatique implantable peut s’avérer nécessaire en cas de troubles du rythme sévères. Les anticoagulants préviennent les complications thromboemboliques. Le traitement du diabète suit les recommandations habituelles avec surveillance glycémique stricte.

Approches thérapeutiques spécifiques

L’omavéloxolone représente le premier traitement curatif de l’ataxie de Friedreich approuvé par la FDA en 2023 et par la Commission européenne en 2024 pour les patients de plus de 16 ans. Cet activateur de la voie Nrf2 régule les gènes antioxydants et améliore la fonction mitochondriale. L’essai MOXIe a démontré qu’après 48 semaines de traitement à 160 mg par jour, les patients présentaient une amélioration moyenne de 1,55 point sur l’échelle mFARS, contre une dégradation de 0,85 point sous placebo.

Les études d’extension à 3 ans confirment le maintien du bénéfice clinique, avec des effets persistants observés jusqu’à 5 ans. Les effets indésirables les plus fréquents incluent une élévation transitoire des transaminases et une augmentation du cholestérol, sans atteinte hépatique significative. Les limites actuelles concernent le faible effectif des études, l’absence de données pédiatriques et le besoin de suivi prolongé pour confirmer l’efficacité à long terme.

Perspectives de recherche

La recherche sur l’ataxie de Friedreich explore plusieurs pistes innovantes. Les thérapies géniques visent à corriger directement le déficit en frataxine ou à augmenter l’expression du gène FXN. Les approches par ARN antisens cherchent à moduler la transcription du gène muté. Les pharmaco-chaperons tentent de stabiliser et d’activer la frataxine résiduelle. La recherche sur l’ataxie de Friedreich en France s’inscrit dans une dynamique internationale coordonnée par le Centre de Référence Neurogénétique et la filière BRAIN-TEAM.

Conseil génétique et accompagnement

Toute famille concernée par une ataxie de Friedreich bénéficie d’un conseil génétique assuré par un généticien clinicien. Ce professionnel explique le mode de transmission autosomique récessif, évalue les risques pour la fratrie et la descendance, et propose un dépistage familial si souhaité. Les frères et sœurs d’une personne atteinte présentent un risque de 25 % d’être également malades et 50 % de probabilité d’être porteurs sains.

L’accompagnement psychologique débute dès l’annonce du diagnostic et se poursuit tout au long de l’évolution. La charge psychologique, cognitive et sociale de cette maladie chronique invalidante nécessite un soutien adapté pour le patient et son entourage. Les associations de patients comme l’Association Française de l’Ataxie de Friedreich proposent information, entraide et soutien aux familles concernées.

Vie quotidienne et adaptations

Maintenir une activité physique adaptée aide à préserver les capacités fonctionnelles. La natation et l’équitation figurent parmi les activités recommandées car elles sollicitent l’équilibre et la coordination sans risque de chute important. Une alimentation saine et équilibrée, limitant les sucres rapides, contribue à prévenir le diabète et le surpoids.

Les adaptations du domicile facilitent la vie quotidienne : barres d’appui, siège de douche, rampes d’accès, élargissement des portes pour le passage du fauteuil roulant. Les aides techniques comme les cannes, déambulateurs puis fauteuils roulants compensent progressivement la perte de mobilité. L’assistant social accompagne les démarches administratives pour obtenir la reconnaissance du handicap et les aides financières associées.

FAQ

Peut-on dépister la maladie de Friedreich avant la naissance ?

Le diagnostic prénatal reste possible lorsque les deux parents sont porteurs identifiés du gène muté. L’analyse génétique sur prélèvement de villosités choriales ou amniocentèse détecte l’expansion du triplet GAA chez le fœtus. Cette démarche nécessite un accompagnement génétique et psychologique approfondi des futurs parents.

Les troubles neurologiques de l’ataxie Friedreich peuvent-ils régresser ?

Les troubles neurologiques de l’ataxie Friedreich ne régressent jamais spontanément. La maladie suit une évolution neurodégénérative progressive sans période de rémission. Les traitements actuels visent à ralentir la progression et à maintenir les capacités fonctionnelles, mais ne permettent pas de récupération des fonctions perdues.

Quelle différence existe-t-il entre les formes précoces et tardives ?

Les formes précoces débutant avant 25 ans évoluent plus rapidement avec des atteintes cardiaques et ostéoarticulaires fréquentes. Les formes tardives apparaissant après 25 ans progressent plus lentement, présentent moins de complications extra-neurologiques et conservent souvent les réflexes ostéotendineux. La spasticité s’avère généralement plus marquée dans les formes tardives.

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