En bref
- L’encoprésie se manifeste par des fuites de selles dans les sous-vêtements, souvent associées à une constipation fonctionnelle chronique.
- Le trouble résulte d’une rétention volontaire des selles par l’enfant, créant un cercle vicieux de constipation et d’incontinence par débordement.
- Les causes psychologiques incluent un apprentissage de la propreté inadapté, des difficultés familiales ou scolaires, ou une peur de la défécation.
- La prise en charge associe traitement médical de la constipation, suivi psychologique et règles hygiéno-diététiques adaptées.
Qu’est-ce que l’encoprésie et comment se manifeste-t-elle ?
On parle d’encoprésie lorsqu’un enfant émet régulièrement des selles formées ou semi-formées dans ses vêtements ou d’autres endroits inappropriés, au moins une fois par mois pendant trois mois consécutifs. Ce trouble survient chez un enfant ayant dépassé l’âge de 4 ans, période à laquelle le contrôle sphinctérien devrait normalement être acquis. L’incontinence fécale chez l’enfant représente une pathologie fonctionnelle, ce qui signifie que les intestins, le rectum et le sphincter anal ne présentent aucune anomalie structurelle.
Les spécialistes distinguent deux formes principales. L’encoprésie primaire concerne les enfants qui n’ont jamais acquis le contrôle de leur sphincter anal malgré leur âge. L’encoprésie secondaire survient après une période de propreté d’au moins un an, marquant une rechute dans le contrôle des selles. Dans 95 % des cas, il s’agit d’une encoprésie rétentionnelle, directement liée à une constipation fonctionnelle avec accumulation de matières fécales dans le rectum.
Les symptômes de l’encoprésie incluent des fuites diurnes et parfois nocturnes, qui surviennent particulièrement lors d’activités physiques ou de moments de relâchement de l’attention. Les traces dans les sous-vêtements sont souvent confondues avec une diarrhée, alors qu’elles signalent en réalité la formation d’un fécalome. L’enfant peut également présenter des douleurs abdominales, des ballonnements, des gaz et parfois des fissures anales dues aux efforts d’exonération. Paradoxalement, l’enfant semble parfois indifférent à ces souillures, ce qui peut dérouter les parents.
Pourquoi l’enfant retient-il ses selles ?
Le mécanisme de l’encoprésie repose sur un cercle vicieux de la constipation qui débute par une rétention volontaire des selles. L’enfant contracte son sphincter anal externe pour empêcher l’évacuation, et cette retenue répétée entraîne une accumulation progressive de matières fécales dans le rectum. Au fil du temps, le rectum se distend et s’habitue à contenir un volume accru, ce qui diminue progressivement la sensation de besoin.
Les selles dures s’accumulent et forment un fécalome pouvant peser jusqu’à un kilogramme. Cette masse compacte irrite la paroi rectale, provoquant des sécrétions fécaloïdes, des écoulements liquides teintés qui s’échappent malgré la volonté de l’enfant. Au-delà d’un certain volume, le sphincter anal interne se relâche de manière réflexe, provoquant des fuites de selles que l’enfant ne peut contrôler. C’est ce qu’on appelle l’incontinence par débordement.
La constipation fonctionnelle précède généralement l’encoprésie de l’enfant. Les causes de cette rétention volontaire sont multiples et souvent intriquées. Un apprentissage de la propreté trop précoce, trop strict ou marqué par des conflits peut amener l’enfant à refuser le pot par opposition. Une douleur lors d’une défécation antérieure, causée par des selles dures ou une fissure anale, peut créer une phobie de la défécation. L’enfant associe alors l’acte d’aller à la selle à une expérience négative et cherche à l’éviter.
Les facteurs psychologiques en jeu
Au-delà des causes mécaniques, les problèmes psychologiques jouent un rôle déterminant dans l’encoprésie. Des difficultés familiales comme une séparation des parents, l’arrivée d’un nouveau bébé ou des tensions au sein du foyer peuvent déclencher ou aggraver le trouble. Les problèmes scolaires, le harcèlement, ou la peur d’utiliser les toilettes publiques à l’école constituent également des facteurs déclenchants fréquents.
L’encoprésie peut représenter un mode de communication inconscient pour un enfant en souffrance psychologique. La rétention des selles devient alors un mécanisme de défense face à un mal-être que l’enfant ne parvient pas à exprimer autrement. Une carence affective, un traumatisme ou un trouble du comportement peuvent se manifester par ce symptôme. Dans certains cas plus rares, l’encoprésie non rétentionnelle, sans constipation associée, relève directement d’une pathologie psychiatrique nécessitant une prise en charge spécialisée.
Bon à savoir : l’encoprésie n’est jamais un acte volontaire de provocation. L’enfant souffre de cette situation qui l’isole socialement et affecte son estime de soi. Les reproches ou les punitions ne font qu’aggraver le problème en renforçant le cercle vicieux constipation-anxiété-rétention.
Comment diagnostiquer l’encoprésie chez l’enfant ?
La consultation médicale constitue la première étape indispensable pour poser le diagnostic d’encoprésie et éliminer d’éventuelles causes organiques graves. Le médecin procède à un interrogatoire détaillé des parents pour connaître la date d’apparition des premiers symptômes, leur fréquence, les circonstances de survenue et les antécédents familiaux de troubles digestifs. Il s’intéresse particulièrement aux conditions d’apprentissage de la propreté et aux éventuelles difficultés psychologiques ou sociales de l’enfant.
L’examen clinique comprend une palpation de l’abdomen pour rechercher la présence de selles dures dans le côlon. Un examen neurologique permet d’exclure une atteinte du système nerveux. L’inspection de la région anale recherche d’éventuelles malformations, fissures ou traces de selles. Le toucher rectal, pratiqué avec précaution, évalue le tonus du sphincter anal et la présence d’un fécalome dans le rectum.
Les examens complémentaires restent rarement nécessaires lorsque le diagnostic d’encoprésie fonctionnelle est évident. Une radiographie de l’abdomen peut visualiser la stase de selles dans le côlon et le rectum, confirmant la constipation. La manométrie ano-rectale mesure les pressions dans le canal anal et permet d’éliminer une maladie de Hirschsprung, pathologie rare caractérisée par l’absence de cellules nerveuses dans une partie de l’intestin. D’autres causes organiques comme un spina bifida, une hypothyroïdie ou une malformation anale doivent être écartées avant de retenir le diagnostic d’encoprésie fonctionnelle.
Quels traitements pour l’encoprésie de l’enfant ?
La prise en charge de l’encoprésie repose sur quatre piliers complémentaires : le traitement médical de la constipation, l’établissement d’une routine aux toilettes, l’adaptation de l’alimentation et l’accompagnement psychologique. Cette approche globale nécessite du temps, de la patience et une collaboration étroite entre les parents, l’enfant et les professionnels de santé. La durée du traitement varie de six mois à plusieurs années selon la gravité et l’ancienneté du trouble.
Le traitement de la constipation
Le traitement de la constipation fonctionnelle constitue la base de la prise en charge médicale. Il débute par une phase de vidange intestinale pour éliminer le fécalome et les selles accumulées. Les laxatifs oraux à base de polyéthylène glycol, aussi appelé PEG 3350, représentent le traitement de référence. Cette molécule est sûre, non absorbée par l’organisme et ne crée pas de phénomène d’accoutumance, même lors d’un usage prolongé.
Le dosage des laxatifs s’adapte en fonction de la consistance des selles, évaluée grâce à l’échelle de Bristol modifiée pour les enfants, et de leur fréquence. Trois niveaux de traitement se distinguent : le feu rouge pour la vidange initiale avec des doses élevées, le feu jaune pour les doses de sauvetage en cas de rechute, et le feu vert pour les doses d’entretien quotidiennes. Les parents doivent poursuivre le traitement d’entretien plusieurs mois après la disparition des symptômes pour permettre au rectum de retrouver sa taille et sa sensibilité normales.
Les lavements et les suppositoires sont réservés aux cas sévères de fécalome résistant au traitement oral. Les soins locaux avec des crèmes apaisantes soulagent les fissures anales douloureuses qui peuvent entretenir le refus de la défécation. N’hésitez pas à consulter un gastro-entérologue pédiatrique si le traitement de première intention ne donne pas de résultats après plusieurs semaines.
L’instauration d’une routine aux toilettes
Le réentraînement intestinal passe par l’établissement d’une routine régulière aux toilettes. Pensez à installer votre enfant sur les toilettes pendant cinq à dix minutes, deux à trois fois par jour, idéalement vingt à trente minutes après les repas. Ce timing exploite le réflexe gastro-colique, contraction naturelle du côlon déclenchée par l’arrivée d’aliments dans l’estomac.
La position assise doit être confortable, avec les pieds bien à plat sur un petit banc si l’enfant est trop petit. Cette posture favorise le relâchement des muscles du périnée et facilite l’évacuation des selles. Transformez ce moment en expérience positive en instaurant un système de récompense adapté à l’âge de l’enfant, sans pression ni reproche en cas d’échec. Évitez les distractions comme les tablettes ou les livres qui détournent l’attention de l’enfant de ses sensations corporelles.
Les règles hygiéno-diététiques
Une alimentation riche en fibres contribue à ramollir les selles et à faciliter leur évacuation. Les fibres solubles et insolubles se trouvent dans les pelures de fruits et légumes, les céréales complètes, les légumineuses, les noix et les graines. Les apports recommandés varient selon l’âge de l’enfant : environ 25 grammes par jour pour un enfant de 4 à 8 ans. Augmentez progressivement les quantités de fibres pour éviter ballonnements et inconfort digestif.
L’hydratation joue un rôle tout aussi important. Proposez régulièrement de l’eau à votre enfant tout au long de la journée, en particulier lorsque vous augmentez les apports en fibres. Les fibres ont besoin d’eau pour gonfler et ramollir les selles. Limitez les produits transformés, les aliments pauvres en fibres et les boissons sucrées qui favorisent la constipation.
L’activité physique stimule naturellement le transit intestinal. Les recommandations préconisent au moins soixante minutes d’activité physique par jour pour les enfants. Favorisez les déplacements actifs, les jeux en extérieur et limitez le temps passé devant les écrans qui encourage la sédentarité.
La prise en charge psychologique
La prise psychologique en cas d’encoprésie commence dès la première consultation. Une écoute attentive et bienveillante du médecin, associée à des explications claires sur le mécanisme du trouble, peut suffire à débloquer certaines situations. Rassurer l’enfant et les parents sur le caractère fréquent et curable de l’encoprésie diminue l’anxiété et favorise l’adhésion au traitement.
Lorsque les causes psychologiques sont manifestes ou que le traitement médical ne suffit pas, l’orientation vers un psychologue ou un pédopsychiatre s’impose. Les thérapies utilisent des supports ludiques adaptés à l’âge de l’enfant : jeux, dessins, pâte à modeler, exercices imagés comme le sablier pour visualiser le temps passé aux toilettes. Ces approches permettent à l’enfant d’exprimer son mal-être et de travailler sur ses peurs.
Le rôle des parents consiste à offrir une réassurance affective constante, sans culpabiliser l’enfant ni dramatiser les accidents. Valorisez les progrès, même minimes, et maintenez une attitude positive. Dans certains cas, l’hypnose médicale peut être proposée en fin de thérapie pour aider l’enfant à réassocier son corps et son esprit et à reprendre le contrôle de ses fonctions intestinales.
À noter : la rééducation abdomino-sphinctérienne, proposée par certains kinésithérapeutes spécialisés, enseigne à l’enfant le relâchement des muscles périnéaux et la coordination des efforts de poussée. Bien que son efficacité ne soit pas formellement prouvée dans toutes les études, elle peut apporter un bénéfice complémentaire dans certains cas.
Prévenir l’encoprésie : les bonnes pratiques
La prévention de l’encoprésie commence par un apprentissage de la propreté progressif et respectueux du rythme de l’enfant. Évitez de mettre votre enfant au pot trop tôt, avant qu’il ne manifeste des signes de maturité physiologique et psychologique. L’âge moyen d’acquisition de la propreté diurne se situe autour de 3 ans, avec de grandes variations individuelles. Un apprentissage autoritaire ou marqué par des conflits augmente le risque de troubles ultérieurs.
Instaurez dès le plus jeune âge des règles hygiéno-diététiques favorables au transit intestinal. Proposez une alimentation variée et équilibrée, riche en fruits, légumes et céréales complètes. Veillez à une hydratation suffisante et encouragez l’activité physique quotidienne. Ces habitudes préviennent la constipation, principal facteur de risque de l’encoprésie.
Restez attentif aux difficultés psychologiques ou sociales que peut rencontrer votre enfant. Les périodes de changement comme l’entrée à l’école, un déménagement ou la naissance d’un frère ou d’une sœur peuvent fragiliser certains enfants. Maintenez le dialogue, offrez un cadre sécurisant et n’hésitez pas à consulter rapidement si vous observez des signes de mal-être ou des troubles du comportement.
Un suivi médical régulier permet de dépister précocement les premiers signes de constipation ou de troubles de la défécation. Plus la prise en charge intervient tôt, plus elle est efficace et courte. Abordez sans tabou les questions relatives au transit intestinal avec votre pédiatre lors des consultations de routine.
Vivre au quotidien avec l’encoprésie
L’encoprésie de l’enfant retentit sur toute la famille et nécessite des adaptations pratiques au quotidien. Prévoyez des vêtements de rechange dans le cartable de votre enfant et informez discrètement l’école de la situation pour qu’elle puisse l’accompagner sans le stigmatiser. Certains enfants refusent d’utiliser les toilettes de l’école par peur du jugement des autres ou par inconfort. Dialoguez avec l’équipe éducative pour trouver des solutions adaptées.
Les phases de constipation et d’encoprésie peuvent se prolonger jusqu’à la puberté dans certains cas. Cette perspective peut décourager les parents, mais gardez à l’esprit que chaque enfant évolue à son rythme et que la guérison est possible avec un accompagnement adapté. Certains enfants ne guérissent définitivement qu’à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, mais ils restent minoritaires.
Attention : l’encoprésie n’est pas une maladie grave dans la majorité des cas, mais elle peut avoir des conséquences importantes sur le développement psychologique et social de l’enfant. L’isolement, la honte et la perte d’estime de soi peuvent marquer durablement un enfant non pris en charge. Ne minimisez jamais la souffrance de votre enfant et sollicitez l’aide de professionnels compétents.
FAQ
L’encoprésie disparaît-elle spontanément avec l’âge ?
Non, l’encoprésie ne disparaît généralement pas sans intervention. Le cercle vicieux de la constipation et de la rétention des selles tend à s’aggraver avec le temps si aucun traitement n’est mis en place. Une prise en charge précoce augmente significativement les chances de guérison rapide.
Mon enfant peut-il aller à l’école malgré l’encoprésie ?
Oui, la scolarisation doit être maintenue. Informez discrètement l’équipe enseignante pour qu’elle facilite l’accès aux toilettes et gère les éventuels accidents avec tact. L’isolement social aggraverait les problèmes psychologiques sous-jacents. Prévoyez des vêtements de rechange et rassurez votre enfant sur votre soutien inconditionnel.
Les laxatifs peuvent-ils être utilisés sur le long terme sans danger ?
Oui, les laxatifs à base de polyéthylène glycol peuvent être utilisés pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, sans risque pour la santé de l’enfant. Contrairement aux idées reçues, ils ne créent pas de dépendance et n’empêchent pas le retour à un fonctionnement intestinal normal. Le dosage doit être ajusté régulièrement par le médecin.
Faut-il consulter un psychologue dès le diagnostic d’encoprésie ?
Pas systématiquement. Le pédiatre ou le gastro-entérologue évalue la dimension psychologique lors de la première consultation. Si le traitement médical de la constipation suffit à résoudre le problème, un suivi psychologique n’est pas nécessaire. En revanche, si des difficultés psychologiques sont identifiées ou si le traitement échoue après plusieurs semaines, l’orientation vers un psychologue ou un pédopsychiatre devient indispensable.