En bref
- Les convulsions fébriles touchent 2 à 5 % des enfants entre 6 mois et 5 ans, avec un pic de fréquence vers 12 à 18 mois.
- Elles sont déclenchées par une fièvre d’au moins 38 °C, généralement lors d’une infection virale.
- La majorité des crises durent moins de 5 minutes et sont sans conséquence sur le développement de l’enfant.
- Une prédisposition génétique augmente le risque de survenue des convulsions fébriles chez certains enfants.
- La gestion immédiate consiste à sécuriser l’enfant et à appeler les urgences si la crise dépasse 5 à 15 minutes.
Qu’est-ce qu’une convulsion fébrile ?
Une convulsion fébrile est une crise convulsive occasionnelle déclenchée par une fièvre chez un enfant par ailleurs en bonne santé. Elle se manifeste par des mouvements involontaires du corps, une perte de conscience transitoire et parfois une raideur musculaire. La température corporelle de l’enfant atteint au moins 38 °C au moment de la crise. Ces manifestations surviennent le plus souvent lors de la montée rapide de la fièvre, bien que la vitesse d’élévation de la température ne soit plus considérée comme le facteur déclencheur principal.
Le pic d’incidence des crises fébriles se situe entre 12 et 18 mois. Elles sont rares avant 3 mois et après 6 ans. Lorsqu’une convulsion survient chez un enfant de 6 ans ou plus, elle n’est généralement pas considérée comme une convulsion fébrile et nécessite des investigations complémentaires. La prédisposition génétique joue un rôle important : plusieurs gènes associés aux convulsions fébriles ont été identifiés, et la fréquence est accrue lorsque des antécédents familiaux au premier degré existent.
Les différents types de convulsions fébriles
On distingue deux catégories principales de convulsions fébriles selon leur durée, leur localisation et leur fréquence. Cette classification permet d’évaluer le risque de complications et d’orienter la prise en charge.
Les convulsions fébriles simples
Plus de 90 % des convulsions fébriles sont simples. Elles présentent les caractéristiques suivantes : la crise est généralisée, c’est-à-dire qu’elle touche l’ensemble du corps, elle dure moins de 15 minutes et ne survient qu’une seule fois en 24 heures. L’enfant a entre 1 an et 5 ans, son développement psychomoteur est normal et l’examen neurologique ne révèle aucune anomalie. Après la crise, l’enfant récupère rapidement, généralement en moins de 15 minutes, et retrouve un état normal sans déficit neurologique.
Les convulsions fébriles simples ne causent pas d’épilepsie ni d’anomalies neurologiques. Les performances scolaires et intellectuelles des enfants ayant présenté des crises fébriles simples ne diffèrent pas de celles des autres enfants. Ce type de crise ne nécessite généralement pas d’hospitalisation ni d’examens complémentaires approfondis.
Les convulsions fébriles complexes
Une convulsion fébrile est qualifiée de complexe lorsqu’elle présente au moins l’un des critères suivants : durée supérieure ou égale à 15 minutes, caractère focal touchant une partie du corps, survenue de plusieurs épisodes en 24 heures, âge de l’enfant inférieur à 1 an, présence d’un déficit neurologique après la crise ou anomalie à l’examen neurologique. Ces convulsions fébriles complexes représentent moins de 10 % des cas.
Le risque de développer ultérieurement des troubles convulsifs non fébriles est plus élevé en cas de convulsion fébrile complexe. Il peut atteindre 10 % contre 2 à 6 % pour les crises simples. Toute crise fébrile complexe nécessite une hospitalisation systématique et des examens complémentaires pour rechercher une infection du système nerveux central ou d’autres causes sous-jacentes. Un traitement spécifique peut être mis en place selon les cas.
Comment reconnaître une convulsion fébrile ?
Les signes d’une convulsion fébrile sont généralement spectaculaires et facilement identifiables. L’enfant présente des secousses involontaires des membres, une perte de contact avec la réalité, un regard fixe ou une révulsion des yeux. Le corps peut se raidir et la bouche peut produire des sécrétions. Une incontinence urinaire ou fécale peut survenir. La peau autour de la bouche peut prendre une teinte bleutée temporairement.
La durée de la convulsion est un élément important à noter. La majorité des crises durent moins de 5 minutes, et la plupart moins de 15 minutes. Après la crise, l’enfant entre dans une phase de récupération appelée période post-critique. Il peut être somnolent, respirer de façon bruyante et mettre quelques minutes à quelques heures pour retrouver son état habituel. Cette phase de récupération dure généralement entre 10 et 30 minutes.
Les causes et mécanismes des convulsions fébriles
La physiopathologie des convulsions fébriles est multifactorielle. Plusieurs éléments agissent conjointement : une prédisposition génétique, une réaction inflammatoire de l’organisme, la modification de la température corporelle et l’immaturité du cerveau de l’enfant. La fièvre elle-même résulte d’une réaction inflammatoire à un agent pathogène, le plus souvent viral.
Lors d’une infection, l’organisme sécrète des cytokines pro-inflammatoires telles que l’interleukine-1β, l’interleukine-6 et le facteur de nécrose tumorale alpha. Ces médiateurs influencent l’intensité de la fièvre et peuvent jouer un rôle dans le déclenchement des convulsions chez les enfants prédisposés. Le cerveau immature de l’enfant est plus sensible à ces modifications et peut réagir par une décharge électrique anormale provoquant la crise convulsive.
Les infections virales banales sont les causes les plus fréquentes de la fièvre déclenchant une convulsion fébrile. Dans certains cas plus rares, des infections bactériennes sévères peuvent être en cause. Le risque d’infection bactérienne sévère chez un enfant présentant une convulsion fébrile est similaire à celui d’un enfant ayant une fièvre isolée sans convulsion.
Que faire lors d’une convulsion fébrile ?
La gestion immédiate d’une convulsion fébrile repose sur des gestes simples mais essentiels pour assurer la sécurité de l’enfant. Gardez votre calme, même si la situation est impressionnante. Allongez l’enfant au sol ou sur une surface plane en position latérale de sécurité, sur le côté, la tête légèrement plus basse que le corps. Protégez sa tête avec un coussin ou vos mains pour éviter tout traumatisme.
Ne mettez jamais rien dans la bouche de l’enfant, ni objet, ni médicament, ni vos doigts. Le risque d’étouffement serait augmenté. Retirez les lunettes si l’enfant en porte. Découvrez l’enfant pour faciliter la baisse de la fièvre. Éloignez les objets dangereux qui pourraient le blesser. Ne tentez pas de retenir les mouvements de l’enfant.
Notez l’heure de début de la convulsion pour pouvoir en évaluer la durée. Restez près de l’enfant et observez le déroulement de la crise. Si la convulsion dure plus de 5 minutes, appelez immédiatement le 15 ou le 112. Après la crise, tournez le bas du corps de l’enfant pour le maintenir en position latérale de sécurité. Ne donnez rien à boire ni à manger tant que l’enfant est somnolent.
Quand appeler les urgences ?
Certaines situations nécessitent un appel immédiat au SAMU en composant le 15 ou le 112. Contactez les urgences si la convulsion dure plus de 5 à 15 minutes selon les recommandations. Appelez également si l’enfant a moins de 1 an ou plus de 5 ans, si plusieurs crises surviennent en 24 heures, ou si les convulsions sont asymétriques et ne touchent qu’un seul côté du corps.
D’autres signes doivent alerter : une absence de fièvre, c’est-à-dire une température inférieure à 38 °C, une coloration bleutée persistante des lèvres ou des mains, des difficultés respiratoires, une paralysie après la crise ou une récupération qui se prolonge au-delà de 15 à 30 minutes. Si l’enfant présente une maladie neurologique connue, tout épisode de convulsion justifie un appel aux urgences.
Lors de la première convulsion fébrile, consultez toujours un médecin dans les 24 heures, même si la crise a été brève et que l’enfant a bien récupéré. Cette consultation permet de confirmer le diagnostic, d’évaluer l’état de l’enfant, de déterminer la cause de la fièvre et d’exclure d’autres pathologies plus graves. Vous pouvez consulter le médecin traitant ou vous rendre aux urgences pédiatriques.
Le diagnostic des convulsions fébriles
Le diagnostic des convulsions fébriles repose principalement sur l’examen clinique et l’interrogatoire des parents. Le médecin recherche les signes d’une infection bactérienne sévère ou d’une atteinte du système nerveux central. Il évalue le développement psychomoteur de l’enfant et réalise un examen neurologique complet.
Des examens complémentaires peuvent être nécessaires dans certaines situations. Une ponction lombaire est recommandée systématiquement chez le nourrisson de moins de 9 mois lors d’une première convulsion fébrile, même en l’absence de signes cliniques d’infection neuroméningée. Chez l’enfant plus grand, elle n’est réalisée que si l’examen clinique est anormal ou si la crise présente des caractères de complexité.
Des analyses sanguines permettent de rechercher des troubles ioniques, une hypoglycémie ou une infection. Une imagerie cérébrale par IRM ou scanner peut être demandée en cas de convulsion fébrile complexe, de signes neurologiques anormaux ou de suspicion de lésion cérébrale. Un électroencéphalogramme peut être réalisé dans les 48 heures pour analyser l’activité électrique du cerveau, notamment si l’on suspecte une épilepsie débutante.
Le traitement des convulsions fébriles
En général, aucun traitement n’est nécessaire pour une convulsion fébrile simple qui dure moins de 5 minutes. La crise cède spontanément sans intervention médicamenteuse. Si la convulsion se prolonge au-delà de 5 minutes, des médicaments anticonvulsivants et sédatifs peuvent être administrés, le plus souvent par voie intraveineuse. Pour les enfants de plus de 2 ans, des alternatives par voie intrarectale ou intranasale existent si la voie intraveineuse n’est pas accessible.
Le traitement de la fièvre fait partie de la prise en charge. Découvrez l’enfant, assurez une bonne hydratation et administrez du paracétamol toutes les 4 à 6 heures selon les recommandations du médecin, sans dépasser 4 doses par 24 heures. Évitez les bains froids ou les frictions à l’alcool qui peuvent augmenter les frissons et paradoxalement faire monter la température. Ne donnez pas d’anti-inflammatoires comme l’ibuprofène sans avis médical.
Pour mesurer la température de l’enfant, utilisez un thermomètre adapté à son âge. La mesure rectale donne la température directe. La mesure sous l’aisselle nécessite d’ajouter 0,5 °C au chiffre affiché. Prenez la température sur un enfant déshabillé, avant l’administration de paracétamol. La fièvre est définie à partir de 38,5 °C en mesure rectale.
Le risque de récidive et le pronostic
Après une première convulsion fébrile, le risque de récidive se situe entre 20 et 35 %. Environ un tiers des enfants ayant présenté une crise fébrile en connaîtront une nouvelle avant l’âge de 6 ans. Plusieurs facteurs augmentent ce risque : une première crise avant l’âge de 15 mois, des antécédents familiaux de convulsions fébriles au premier degré, une crise survenue tôt dans l’épisode de fièvre ou une fièvre inférieure à 38,5 °C lors de la première crise.
Le pronostic des convulsions fébriles simples est excellent. Elles ne causent pas de dommages au cerveau, ne provoquent pas d’épilepsie et n’entraînent pas d’anomalies neurologiques. Le risque de développer ultérieurement une épilepsie est de 2 à 6 % pour les crises simples, contre 0,5 à 1 % dans la population générale. Pour les convulsions fébriles complexes ou en présence de facteurs de risque comme un retard de développement ou des antécédents familiaux d’épilepsie, ce risque peut atteindre 10 %.
Dans certains cas rares, une convulsion fébrile peut être le premier signe d’un trouble neurologique non diagnostiqué. Les convulsions fébriles fréquentes, précoces, prolongées et hémicorporelles peuvent révéler un syndrome de Dravet, une épilepsie myoclonique sévère du nourrisson. Un avis neurologique spécialisé et un électroencéphalogramme dans les 48 heures sont alors nécessaires.
La prévention des convulsions fébriles
Il n’existe pas de moyen sûr de prévenir la survenue des convulsions fébriles. La surveillance de la température et le traitement des fièvres élevées par du paracétamol peuvent être recommandés, mais ils ne garantissent pas l’absence de crise. Les convulsions fébriles peuvent survenir avec des températures peu élevées ou lors de fièvres prolongées, et ne sont pas toujours favorisées par une fièvre très élevée ou une montée rapide de la température.
Les médicaments anticonvulsivants sont rarement utilisés en prévention. Ils peuvent être envisagés dans des cas spécifiques : convulsions fébriles complexes récidivantes, antécédents familiaux importants d’épilepsie, état de mal épileptique fébrile ou plus de 4 convulsions par an. Le diazépam en gel rectal peut être prescrit aux parents pour une administration à domicile en cas de crise longue récurrente.
La prévention repose surtout sur l’information des parents. Connaître les gestes à adopter lors d’une crise permet de réagir rapidement et efficacement. N’hésitez pas à poser toutes vos questions au médecin traitant ou au pédiatre. Demandez des réexplications si nécessaire. Le caractère traumatisant d’une convulsion fébrile pour les parents est reconnu, et un soutien psychologique peut être utile.
Les autres causes de convulsions chez l’enfant
Toutes les convulsions survenant chez un nourrisson ou un jeune enfant ne sont pas des convulsions fébriles. D’autres causes doivent être recherchées, notamment en l’absence de fièvre. Les traumatismes crâniens peuvent provoquer des hématomes sous-duraux ou extraduraux responsables de convulsions. Chez le nourrisson de moins de 1 an, un hématome sous-dural aigu sans notion de traumatisme doit faire suspecter une maltraitance et nécessite un signalement aux autorités compétentes.
Les infections du système nerveux central comme les méningites ou les méningo-encéphalites herpétiques peuvent se manifester par des convulsions fébriles. Toute crise fébrile focale ou avec anomalies neurologiques intercritiques doit faire suspecter une méningo-encéphalite herpétique. Un traitement probabiliste urgent par aciclovir intraveineux doit être débuté avant confirmation du diagnostic par ponction lombaire, électroencéphalogramme et IRM cérébrale.
D’autres causes plus rares incluent les troubles hydroélectrolytiques, notamment les anomalies de la natrémie ou de la calcémie, les hypoglycémies, les troubles métaboliques, les accidents vasculaires cérébraux, les tumeurs cérébrales ou le syndrome hémolytique et urémique. Chez le nourrisson de moins de 1 an, une recherche systématique de troubles ioniques et de la glycémie est recommandée. Des causes toxiques comme l’intoxication au monoxyde de carbone, aux antidépresseurs ou à l’alcool doivent également être évoquées.
Les épilepsies spécifiques du nourrisson
Certaines épilepsies débutent spécifiquement chez le nourrisson et doivent être différenciées des convulsions fébriles. Le syndrome de West est une épilepsie grave débutant entre 2 et 12 mois, le plus souvent vers 6 mois. Il se caractérise par une triade associant des spasmes en flexion ou en extension survenant par salves, une stagnation ou une régression psychomotrice et une hypsarythmie à l’électroencéphalogramme.
Les épilepsies myocloniques du nourrisson peuvent être bénignes ou sévères. Les formes bénignes se manifestent par des myoclonies brèves généralisées, souvent réflexes, avec un développement normal de l’enfant. Le syndrome de Dravet est une forme sévère débutant par des convulsions avec ou sans fièvre, hémicorporelles ou généralisées, précoces, prolongées et fréquentes. Ces épilepsies nécessitent une analyse sémiologique précise, un électroencéphalogramme dans les 48 heures et un avis neurologique spécialisé.
Le soutien aux parents et l’accompagnement
Assister à une convulsion fébrile de son enfant constitue une expérience traumatisante pour les parents. Le caractère spectaculaire de la crise, la perte de conscience de l’enfant et les mouvements involontaires génèrent une angoisse légitime. Il est important de reconnaître cette détresse et de proposer un accompagnement adapté.
Après un épisode de convulsion fébrile, prenez le temps de discuter avec le médecin. Posez toutes vos questions sur les risques de récidive, les gestes à adopter en cas de nouvelle crise et les signes qui doivent alerter. Demandez des informations écrites que vous pourrez relire à domicile. N’hésitez pas à solliciter une nouvelle consultation si vous avez besoin de réexplications ou si de nouvelles interrogations apparaissent.
Informez l’entourage de l’enfant, notamment les grands-parents, la crèche ou l’école, sur la conduite à tenir en cas de convulsion fébrile. Expliquez les gestes simples de sécurité et les situations nécessitant un appel aux urgences. Cette information permet de rassurer les personnes qui s’occupent de l’enfant et d’assurer une réaction appropriée en cas de crise.
FAQ
Mon enfant peut-il aller à la crèche après une convulsion fébrile ?
Oui, un enfant ayant présenté une convulsion fébrile peut retourner à la crèche dès que son état général le permet et que la fièvre est tombée. Informez le personnel de la crèche de l’épisode et des gestes à adopter en cas de récidive. Aucune éviction spécifique n’est nécessaire.
Les convulsions fébriles peuvent-elles survenir pendant le sommeil ?
Oui, une convulsion fébrile peut se déclencher pendant le sommeil de l’enfant. Vous pouvez être alerté par des bruits inhabituels ou des mouvements anormaux. Appliquez les mêmes gestes de sécurité : position latérale, surveillance de la durée et appel aux urgences si la crise dépasse 5 à 15 minutes.
Dois-je réveiller mon enfant la nuit pour vérifier sa température en cas de fièvre ?
Non, il n’est pas nécessaire de réveiller un enfant qui dort pour mesurer sa température. Le sommeil est important pour la récupération. Vous pouvez vérifier la température au réveil et administrer du paracétamol si nécessaire. Les convulsions fébriles ne peuvent pas être prévenues par une surveillance rapprochée de la température.
Les vaccins augmentent-ils le risque de convulsions fébriles ?
Certains vaccins peuvent provoquer une fièvre dans les jours suivant l’injection, ce qui peut déclencher une convulsion fébrile chez un enfant prédisposé. Ce risque reste faible et ne justifie pas de contre-indication vaccinale. Les bénéfices de la vaccination dépassent largement ce risque minime.